L’histoire du sanatorium racontée par le Docteur Fichet (2ème partie)

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Après la première partie, publiée dans notre édition du 22 novembre, nous poursuivons, avec le docteur Dominique Fichet, l’histoire du Sanatorium des Buissons, à Dreux. L’établissement avait marqué une étape importante dans la prise en charge de la Tuberculose sur Dreux.

L’architecture était résolument sanatoriale avec un étage. De gigantesques couloirs de 150 mètres de long, une seule rangée de chambres, de 1 ou 4 lits, sur un sous-sol. Les chambres donnaient sur une terrasse permettant la cure, orientée au soleil. Les chambres individuelles faisaient 12m². Le mobilier était lavable et centré sur les règles d’hygiène. Les repas étaient pris en commun dans une salle spacieuse. Il y avait deux salles des fêtes avec un superbe parquet en chêne (pas de mixité même pour les loisirs…). On pouvait y projeter des films. La bibliothèque était bien garnie avec de beaux meubles. Il fallait ajouter des locaux techniques et administratifs et des pavillons pour loger le personnel. Le terrain était grand… Le bois et les jardins resteront entretenus jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix, date de la fermeture définitive du site. La vie au sanatorium était réglée par les cures. Les malades restaient plusieurs heures au repos face au soleil, soit sur les terrasses, soit dans des locaux fermés et chauffés mais largement éclairés. Les séjours se prolongeaient des mois, voire des années. Nous avions calculé que le service de pneumologie de Victor Jousselin, avec ses 30 lits et ses 1400 entrées annuelles, faisait le double des entrées du sanatorium. Un médecin directeur avec 1 ou 2 adjoints et une équipe de religieuses, des sœurs de Saint-Paul de Chartres (15 en 1938) dirigeaient l’établissement. Les infirmières étaient souvent d’anciennes malades. A côté, bien sûr, des employés des cuisines, des personnels administratifs et ceux chargés de l’entretien et des jardins. La plupart de ces personnes étaient logées sur place. Cela faisait vraiment du sanatorium un monde à part : l’univers sanatorial. Il reste à évoquer les plaisirs qui subsistaient… Le café Charret assurait, par des moyens détournés, les fournitures de tabac et d’alcool. Personne n’était dupe des relations sentimentales mais on gardait le silence.

Pendant la guerre de 39-45, le sanatorium a servi d’hôpital général après le bombardement de la gare de Dreux. En 1944, le Dr Durand, chirurgien, sera tué à la libération au retour d’une intervention. Ce fut enfin, dans le milieu des années cinquante, le début du déclin. La reconversion ne fût pas facilitée par l’architecture des locaux. On y installa la cardiologie puis une lourde structure de personnes âgées. L’entretien des locaux laissait à désirer et la construction du Nouvel hôpital, inauguré en 1973, va pomper tous les crédits. Il faut se souvenir de la fermeture de l’ancien hôpital, inauguré en 1913, et des bouleversements des conditions et des techniques hospitalières. C’est dans les années 1990-2000 que la fermeture du site sera actée avec la construction de la Maison de retraite des Eaux-Vives. C’est la ville de Dreux qui a maintenant l’avenir du site en main avec un bail pour l’Euro symbolique. Rien ne peut être fait dans ces locaux qui justifient la pioche des démolisseurs. Cela dit, avec le plateau commercial et industriel de la zone Nord, le site est maintenant très proche de la ville.

Docteur Dominique Fichet

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