En mille morceaux un film 100% drouais

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Entretien avec Véronique Mériadec, Clémentine Célarié et Serge Riaboukine.

Le 1er septembre devant une salle comble du Ciné-Centre, Véronique Mériadec et son équipe présentait en avant-première son film En Mille Morceaux. Un film 100% drouais réalisé avec Clémentine Célarié et Serge Riaboukine.

Une œuvre importante et intense qui met en présence une mère et l’assassin de son fils, 25 ans après les faits. Un sujet poignant qui traite des bienfaits de la justice réparatrice, du pouvoir de pardonner ou non. Le face à face entre Clémentine Célarié et Serge Riaboukine dévoile le chagrin intarissable d’une mère mais aussi la honte et la mise à nu de la vie d’un assassin d’enfant. Un sujet polémique qui pose débat et est encore tabou pour l’industrie cinématographique.

M Ta Ville : Comment vous est venue l’idée de faire ce film ?

Véronique Mériadec : Il y a quelques années, j’ai vu un documentaire dans lequel un serial killer, qui avait tué une cinquantaine de femmes aux États-Unis, était mis en confrontation avec les familles des victimes. J’ai été extrêmement marquée par le fait que pendant la totalité de la confrontation, alors que l’ensemble des familles qui parlait avec lui et l’insultait, il est resté impassible. Jusqu’au moment où une femme lui a dit : moi, je voudrais vous pardonner, je suis passée à autre chose. Alors il s’est effondré. A l’époque, je n’ai pas su analyser cette possibilité que les gens puissent échanger. Cela fait du bien aux familles, aux victimes et ça aide à la réinsertion. Des années plus tard, j’ai eu envie de travailler sur cette thématique. Je me suis tournée vers Gérald Massé qui avait une grande expérience de la justice et du milieu carcéral.

M Ta Ville : C’est un film 100% drouais comment a-t-il été réalisé ?

VM : Ce film n’aurait pas pu exister sans l’aide de la ville de Dreux avec une subvention de 20.000€, la solidarité des drouais et de certaines entreprises drouaises. La ville nous a octroyé une subvention sans laquelle rien n’aurait été possible. Nous avons tourné en décembre 2016 dans un entrepôt de 4.000 m2 mis à notre disposition pendant un an par Valentino Gambuto qui nous a aidé grâce à sa double casquette de drouais et de Conseiller Régional. La Région Centre-Val-de-Loire nous a accordé une aide financière de 15.000€. Plus une aide de 3000€ qui nous a été octroyée sur la réserve parlementaire du député Olivier Marleix. Des entreprises nous ont aidé pour l’électricité. En tout, 150 personnes nous sont venues en aide sans oublier le soutien de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations (DDCSPP), la région Centre-Val-de-Loire, le département, les deux villes de Dreux et Vernouillet et un financement participatif. Ce film a été réalisé avec « pas d’argent » : moins de 200.000 € dont 100.000 € en location de matériel.

M Ta Ville : Parlez-nous du choix de vos acteurs ?

VM : J’ai envoyé un SMS à Clémentine Célarié en lui disant que j’avais un film impossible à lui proposer. Ça lui a donné envie, elle m’a tout de suite répondu oui et elle m’a proposé Serge Riaboukine pour le rôle de l’assassin. Les enfants qui figurent dans le film ont été sélectionnés parmi les élèves de l’atelier de théâtre de Muriel Montossey.

M Ta Ville : Quels sont vos souvenirs de ce tournage ?

Clémentine Célarié : Je tiens d’abord à remercier la solidarité drouaise. Nous avons vécu 15 jours magnifiques paradoxalement grâce à l’accueil et à la solidarité de tous. C’était le seul moyen de vivre ce tournage sur un sujet si difficile avec une concentration extrême. Nous avions la volonté de faire quelque chose de beau, d’artistique, de magnifique. Nous avons vécu dans ce grand hangar, dans un froid de canard mais nous avions quand même de grandes parties de rigolades entre les prises de vues. Nous avons été hébergés dans une maison de retraite. C’était une expérience formidable.

M Ta Ville : Qu’est-ce qui vous a décidé à tourner En Mille Morceaux ?

CC : Véronique et Gérald m’ont envoyé un sms. C’était très court en disant : « c’est un truc impossible à faire ». J’ai aimé sa façon de voir les choses. Une histoire exceptionnelle hors du commun, un parcours compliqué et extraordinaire. On s’est vu, on a travaillé sur le scénario, on a cherché. C’était beaucoup plus difficile pour Serge, plus que pour moi.

M Ta Ville : Quelle motivation vous a poussé à accepter ce rôle ?

Serge Riaboukine : J’ai accepté mais c’était difficile. Au début, on se dit ce n’est pas possible puis on fait la lecture et on se dit, il faut le faire. J’ai accepté parce que c’était quelque chose de monstrueux, c’était une montagne à franchir. C’est devenu presque un besoin. On l’a fait avec énormément d’émotion puisqu’on est parents.

Le film sortira le 3 octobre à Dreux lors de sa sortie nationale. Il a déjà obtenu cinq récompenses au festival de Chypre. La veille, la municipalité drouaise votera une aide financière spéciale qui devrait, avec le lancement d’une souscription permettre à Véronique Mériadec de présenter son film à l’académie des Césars.

Propos recueillis par Annie Duval-Petrix 

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