Le Tour de France et la Grande Guerre

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Henri Desgrange, père fondateur du Tour de France

Comme le football et de nombreux sports apparus en France au début du XXème siècle, le Tour de France prend sa naissance autour de la Grande Guerre. L’histoire est racontée par Michel Merckel.

« Contrairement à la Coupe du monde de football, créée au lendemain du conflit de 1914-1918, dans le but d’amener la paix entre les nations, l’un des facteurs qui pousse à la naissance du Tour de France est de préparer la revanche de la défaite de 1870. En effet, il apparaît qu’une des raisons essentielles de cette déroute est le mauvais état physique de l’ensemble de l’armée française », explique l’historien Michel Merkel. Il rappelle que « la France du XIXème siècle n’est pas une nation sportive. Étant donné que la IIIème République naissante avait pour objectif d’ancrer l’activité physique comme moyen d’éducation dans l’ensemble de la société française, la notion de revanche et les ambitions d’évolution sociale entrent en concordance ». Suivant une idée de Géo Lefèvre, appuyé par le financement de Victor Godet, Henri Desgrange lance le premier Tour de France en 1903. Le professionnalisme existant dans ce sport, le peuple peut le pratiquer et beaucoup de champions sont issus de ce milieu. Grâce à la presse sportive naissante, leurs exploits sont suivis dans la France entière et le cyclisme devient le sport roi. Trois vainqueurs du Tour de France sont morts pendant la Grande guerre. Lucien Petit-Breton vainqueur du Tour 1907 et 1908, François Fabert en 1909 et Octave Lapize, vainqueur du Tour en 1910. « En mars 1917, Lucien Petit-Breton, interrogé par le journal La vie au grand air, concluait son propos par cette phrase prémonitoire : « Hélas ! À la reprise des vélodromes, combien d’entre nous auront disparu qui étaient la gloire de notre sport ? » Avec 429 champions français dont 78 cyclistes, sans oublier plusieurs milliers de coureurs anonymes, routiers ou pistards, professionnels ou amateurs, qui firent, eux aussi, le sacrifice de leur vie, le sport français a payé un lourd tribut à la Grande Guerre. Plus de 50 coureurs, toutes nationalités confondues, ayant participé au Tour de France ont été tués dans la tourmente de 14-18. Soit un quart des participants recensés entre les Tours de 1903 à 1914. Si les commémorations ont été nombreuses, celle de Warren Barguil, en remportant le 14 juillet 2017 la 13ème étape, est passée inaperçue. Or, un siècle avant, le 14 juillet 1917 tombait en combat aérien l’un des plus grands champions cyclistes français, vainqueur du Tour 1910 : Octave Lapize. Quel hommage ! Pendant le conflit, tous les grands événements sportifs ont été annulés, or dès 1919, ils vont renaître et le monde du sport va fêter le retour de l’Alsace et de la Lorraine dans le giron national. Ainsi la 13ème édition du Tour de France va faire étape à Strasbourg et à Metz. Le 19 juillet 1919, c’est au départ de la 11ème étape à Grenoble, qu’Eugène Christophe, « Le vieux Gaulois », endosse le premier maillot jaune de l’histoire du Tour. Aujourd’hui, le Tour de France est devenu un événement majeur du sport mondial. Il est un ambassadeur de paix.

Propos recueillis par A.D.-P.

Michel MERCKEL
Auteur de « 14-18, le sport sort des tranchées ».
Éditions Le Pas d’Oiseau

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