Vie locale

100 ans de bouchers dans la famille Willemot

Rédigé le 12/09/2019
Annie Duval-Petrix


Céline Willemot, patronne de la boucherie Saint-Pierre, fête les 100 ans d’une tradition familiale. Depuis Louis Willemot, son arrière-grand-père, il y a toujours eu un membre de la famille derrière le billot.

Il est né en 1894 dans un autre siècle, elle est née en 1969. Ils ont deux points communs : les liens du sang et celui de leur métier-passion, la boucherie. Né à Chavenay dans les Yvelines, Louis Willemot, arrière-grand-père de Céline Willemot, est mobilisé à l’âge de 20 ans pour la Grande Guerre. Revenu quatre ans plus tard des Dardanelles, avec des éclats d’obus dans les deux jambes et le bras droit, il suit les conseils de son père et prend la place d’apprenti dans la boucherie de la ville. Quelques temps plus tard, il épouse Berthe, une veuve de guerre. « Mon grand-père, Georges Willemot, est né en 1926. L’année suivante, en 1927, Louis Willemot achetait sa première boucherie à Gargenville dans les Yvelines », raconte Céline Willemot. A cette époque, les commerces fleurissaient le long des rues. « Juste en face de la boucherie, il y avait un café tenu par une famille italienne. Mon grand-père n’a eu qu’à traverser la rue pour rencontrer Madeleine, qu’il a épousée en 1946 ». Georges et Madeleine Willemot n’ont jamais changé de boutique. « Ils ont formé des dizaines d’apprentis, enfants de l’assistance qui vivaient avec eux ». Si Louis ne vendait que du bœuf et du veau, son fils a pris les avancées du métier en marche en proposant du porc, de l’agneau et des volailles. Georges et Madeleine Willemot ont eu deux enfants. « Françoise et Claude, mon père, né en 1949. Lui aussi a appris le métier à la boucherie familiale. » Comme ses aïeux, Claude a appris le métier dans l’entreprise familiale et ne l’a quittée qu’après avoir rencontré Danielle et accueilli son premier enfant, Céline, en 1969, née dans la maison collée à la boucherie du grand-père. Le couple s’est installé dans ses murs à Porcheville en 1974. Il avait 25 ans. « J’ai passé mon enfance au milieu des apprentis et commis bouchers qui portaient un regard bienveillant sur la petite fille que j’étais et n’hésitaient pas à me faire rire en manipulant pattes de poulets ou de lapins. C’était une autre époque, en ce temps-là, on tuait le cochon et les volailles à la maison », se souvient Céline Willemot. A Porcheville, une grande épicerie installe un rayon boucherie provocant une année difficile pour le couple mais aussi pour l’épicier qui finit par faire faillite et quitter les lieux. « Mes parents ont racheté l’affaire et se sont lancés dans la boucherie, charcuterie, épicerie, fruits et légumes et dépôt de pain jusqu’en 1992 où ils se sont installés à Dreux en achetant la boucherie Saint-Pierre, tenue de père en fils par Michel Durin. Pendant ce temps, Céline s’évade dans un bac littéraire en vue de devenir journaliste mais ses parents l’inscrivent dans un BTS de tourisme estimant qu’il y a plus de débouchés. « J’ai effectué un stage dans le sud de la France et suis revenue dans l’entreprise familiale pour mes 21 ans. Deux ans plus tard, je lâche la famille et pars à Paris pour travailler pendant dix ans à faire des analyses financières. Et puis, nouveau départ pour le sud à Montpellier avec mes deux enfants et leur papa pendant cinq ans ». En 2006, Céline revient dans les Yvelines avec un troisième enfants et en 2007, elle reprend le travail à la boucherie pour en devenir la gérante en 2011. « J’ai vu les évolutions de mon métier et compris les influences de demain. Depuis que j’ai été labellisée Terre d’Eure-et-Loir en 2015 je me soucie du bien-être animal et sélectionne mes fournisseurs parmi les meilleurs éleveurs », confie la professionnelle, consciente des bouleversements tant dans les conditions de travail des bouchers que dans la place tenue par les femmes dans ces entreprises familiales. Céline Willemot travaille avec une équipe soudée : Nadège, préparatrice en cuisine, Alexis, boucher, Guillaume, apprenti et Papa Claude, retraité très actif !