Vie locale

Les collégiens se souviennent de la Shoah

Rédigé le 30/09/2019
Annie Duval-Petrix


Une soixantaine de collégiens de Dreux et Vernouillet travaillent avec le metteur en scène Jacques Kraemer sur un projet théâtral en mémoire de la Shoah. Deux années d’engagement pour finir sur la scène du festival d’Avignon.

« Face au constat d’une recrudescence et d’une banalisation de l’antisémitisme, il m’a semblé urgent de déconstruire tous les poncifs antisémites via une transmission éclairante et participante auprès de nos collégiens. J’ai donc pris l’initiative de solliciter la compagnie de Jacques Kraemer pour l’élaboration d’un projet théâtral de préservation de la mémoire de la Shoah à destination d’élèves des classes de quatrième dans deux établissements des réseaux d’éducation prioritaire de Dreux et Vernouillet », indique Wassim Kamel, sous-préfet de l’arrondissement de Dreux. Sous la houlette de Jacques Kraemer, acteur, auteur dramatique et metteur en scène, fondateur du Théâtre populaire de Lorraine et ancien directeur du théâtre de Chartres, les élèves des collèges Louis Armand de Dreux et Marcel Pagnol de Vernouillet, soutenus par leurs principales, Sandrine Dupuis et Anne Oud, et encadrés par quatre de leurs professeurs d’Histoire géographie et de Français se sont engagés dans ce projet mémoriel exemplaire. Le projet a rencontré le soutien précieux d’Hélène Mouchard-Zay, présidente et fondatrice du Centre d’Études et de Recherche sur les Camps d’Internement dans le Loiret (CERCIL). Il a débuté en janvier 2019 avec un travail sur les camps de notre région : Pithiviers, le premier camp d’internement des juifs qui a été utilisé en France dès mai 1941, Beaune-la-Rolande et Jargeau. Il se prolonge cette année avec les mêmes élèves qui sont désormais en classe de troisième. Depuis la rentrée, la compagnie Kraemer a mis en place des ateliers de sensibilisation à l’expression théâtrale en s’appuyant le texte d’Isaac Millman J’ai été un enfant caché, le récit vrai d’un enfant juif parisien dont les parents ont été internés au camp de Pithiviers avant d’être déportés et assassinés à Auschwitz. Les jeunes construisent un spectacle qui sera présenté en Eure-et-Loir et dans le Loiret avant le festival d’Avignon. « Les élèves travaillent aussi sur l’histoire de Livia Zinger, jeune drouaise âgée de 13 ans, arrêtée dans son école, emprisonnée à Chartres et assassinée à Auschwitz. Une rue de Dreux porte son nom. Ce sont des situations qui les touchent, car il y a une possibilité forte d’identification et donc de compréhension », précise Jacques Kraemer. De plus, « selon les enseignants, on a pu constater à la fois l’extrême difficulté et complexité de l’entreprise et les progrès étonnants et rapides des élèves », rapporte le metteur en scène. « L’objectif de ce projet est de faire découvrir aux jeunes collégiens dans leur propre région et au-delà, les traces d’une des pages les plus sombres de notre Histoire dans le but de les éclairer sur les monstruosités potentielles engendrées par le racisme, l’antisémitisme et l’intolérance mais aussi de fixer cette connaissance au travers de la participation à une œuvre théâtrale. Nous n’aurions jamais pu faire aboutir ce projet sans l’engagement sans faille de Jacques Kraemer, celui de la communauté éducative, des collectivités territoriales et du soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ainsi que de la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT », rappelle le sous-préfet Wassim Kamel. Cette année, en plus de la préparation du spectacle, le programme comprend des visites à la Cité de la Muette à Drancy et au Mémorial de la Shoah à Paris. Les représentations de la pièce auront lieu les 19 et 20 mai à l’Atelier à spectacle de Vernouillet, le 26 mai à la salle des fêtes de Mainvilliers, le 28 mai au CERCIL à Orléans et les 7, 8 et 9 juillet à Présence Pasteur au festival d’Avignon.