Vie locale

Du tabac blond de Virginie cultivé à Broué

Rédigé le 15/10/2019
Annie Duval-Petrix


L’Eure-et-Loir est une terre féconde et riche de savoir-faire. À la ferme de Badonville, à Broué, on cultive le tabac et le safran. Une savante reconversion de la famille De Smet.

On est à la mi-septembre, il ne reste plus dans la campagne que quelques parcelles de maïs qui finissent de sécher. Au détour d’un chemin apparaît un champ encore verdoyant, cultivé de hautes plantes aux larges et longues feuilles, se terminant par une touffe de fleurs blanches bordées de rose. Elles ressemblent à des pétunias mais n’ont pas le même feuillage. Il s’agit d’une plante peu commune en Eure-et-Loir : « c’est du tabac blond de Virginie de première qualité. Du haut de gamme, destiné à la chicha ou à la fabrication de cigarettes », explique Marie-Odile De Smet. Perdue dans la jungle de cette plante haute de près de deux mètres, une machine avance au pas pour permettre aux cueilleurs de récolter les feuilles de tabac. Assis sur des sièges à hauteur variable, cinq cueilleurs récoltent les feuilles à la main, les entassent par paquets dans un compartiment qui est haussé jusqu’à la plateforme de la machine, située au-dessus d’eux. Là, les paquets sont disposés dans de grands casiers métalliques par Samuel De Smet et transportés par le tracteur de son père, Joël, dans des séchoirs. « Aujourd’hui, c’est notre dernière récolte. La cueillette a commencé en juillet avec un premier passage pour récolter les trois premières feuilles du bas de la plante. Trois passages ont suivi et à chaque fois trois feuilles sont récoltées. Au quatrième passage, on enlève tout. La tige et tout ce qui reste sera broyé. Au mois de mars prochain, nous sèmerons le tabac dans des plateaux en polystyrène et le replanterons dans une autre parcelle. Nous changeons d’endroit tous les ans, indique Marie-Odile De Smet. Cette année, nous avons cultivé une parcelle de 7 hectares. Nous allons récolter environ 4,5 tonnes/ha de tabac. C’est une bonne année. Le tabac demande beaucoup d’eau, nous avons pour cela un petit forage, une retenue d’eau destinée au tabac. Nous arrosons la nuit ». La ferme de Badonville dispose d’une dizaine de séchoirs, contenant chacun huit casiers. Les feuilles de tabac sont ainsi séchées pendant une semaine avec une température allant de 32 à 70 degrés : entre 40 et 45 degrés, la feuille jaunit. À 54 degrés, elle sèche et fixe sa couleur dorée. A 70, elle se déshydrate. « Nous ré-humidifions les feuilles pour les assouplir pour le tri qui se fait manuellement. Tout se fait à l’œil », poursuit Marie-Odile De Smet. Les feuilles de tabac sont ensuite entreposées dans de grands cartons jusqu’au début du mois d’octobre. « L’acheteur viendra avec trois camions et emportera les 350 cartons de la récolte. Jusqu’en 2018, nous vendions nos produits à la manufacture de Sarlat. Désormais, notre tabac est vendu en Allemagne ». Depuis le début de la récolte, le 5 juillet, la cueillette a lieu 5 jours par semaine. Cinq jeunes saisonniers étudiants ou en recherche d’emploi sont embauchés pour la cueillette. La culture du tabac demande beaucoup de main d’œuvre. « Il faut 10 à 15 heures de travail pour un hectare de blé contre 350 à 400 pour un hectare de tabac », précise Marie-Odile De Smet. La famille De Smet produit des agriculteurs de génération en génération. Venue des Flandres, pour s'installer d'abord à Brezolles, elle s’est enracinée ensuite à Badonville en 1941. C'est sur cette exploitation familiale en location que se sont succédées quatre générations d'agriculteurs. Joël et Marie-Odile, les parents, ont été rejoints par leur fils, Samuel, et son épouse Laure. « Lorsque nous avons arrêté la production de porc en 2000 pour cause de chute des prix, nous avons cherché quelque chose de nouveau. Nous avons choisi le tabac. En 2012, nous avons créé une safranière. La récolte débutera juste à la fin de celle du tabac dès que les températures vont chuter », conclut Marie-Odile De Smet.