Vie locale

Jean-Pierre Leguéré est écrivain public bénévole


Ancien chef d’entreprise, Jean-Pierre Leguéré a enseigné pendant 30 ans l’écriture pour la recherche scientifique et a participé à l’émergence d’une maison d’édition à Paris. À l’heure de la retraite, il s’est installé à Anet puis à Dreux. Il est devenu écrivain public bénévole.

À 83 ans et depuis quatre ans, Jean-Pierre Leguéré est écrivain public bénévole à Dreux. « J’ai une quinzaine de rendez-vous par semaine. Au début, je croyais qu’on allait me demander d’écrire des lettres. Mon métier, c’est plus de l’écoute et de l’accompagnement. Les années passant, j’ai tissé des liens avec les gens. J’ai vu les familles grandir et les enfants naître. On vient me voir dès qu’un souci survient. On m’appelle Jean-Pierre, maître, monsieur l’écrivain public, Papa, Docteur ou grand-père. Leurs problèmes sont parfois immenses. Il leur est impossible de remplir des formulaires qui sont parfois en abrégé ». Jean-Pierre Leguéré constate que les gens sont perdus avec l’arrivée du tout numérique dans les administrations. En plus, il y a quelques temps, la ville avait trois écrivains publics. Il est maintenant seul à Dreux. « Heureusement, l’association Familles de France, présidée par Jacqueline Ruault, fait un travail formidable pour traiter les dossiers de surendettement. Nous recevons chaque jour beaucoup d’informations sur la situation de ces personnes que nous pouvons ensuite orienter et accompagner ». En un an, ce sont 68 % d’étrangers (nigérians, afghans, pakistanais, indiens ou sans nationalité) qui sollicitent son aide pour monter des dossiers pour obtenir la nationalité ou la carte de séjour, et 32 % de français en situation difficile. « Je considère que si l’on accepte ces personnes sur notre territoire, il faut tout mettre en œuvre pour les aider ». Pour écrire une lettre simple, cela prend peu de temps à Jean-Pierre Leguéré mais pour écrire à un médiateur ou une assurance ou monter un dossier cela en prend davantage. « Je suis surchargé de travail, j’essaie de me sauvegarder un jour de repos mais je n’y arrive pas. J’aimerais trouver quelqu’un pour m’aider et si cela peut faire naître des vocations, tant mieux ». L’homme traite aussi les conflits avec la préfecture, la CAF, l’Habitat Drouais, les voisins, le mari, la femme, la famille ou l’avocat. « C’est angoissant parce qu’il ne faut pas se tromper. Je suis content de travailler à la MSQ car j’y suis en contact avec les référents de divers secteurs. Les gens ne savent pas écrire et je suis obligé de consulter pour eux leur dossier de CAF sur ordinateur. On ne peut pas joindre la préfecture par téléphone. C’est un barrage absolu. Cela accélère la fracture sociale. Il y a 5 300 logements HLM dans cette ville dont une bonne partie a besoin d’aide. Je ne parle pas des gens en situation de handicap ou du prix des transports vers Paris. C’est une absurdité. Dreux est une ville pleine d’une population dont on ne parle pas. On manque cruellement d’assistantes sociales. Cela dit ce n’est pas un métier triste. On a plein de retours positifs mais on est quand même confronté à une grande détresse que je n’imaginais pas avant ».
 

Jean-Pierre Leguéré  - Tel : 06 11 62 20 99 uniquement sur rendez-vous.
Maison Proximum Centre-ville lundi matin. CCAS le mardi après-midi et la MSQ des Oriels le jeudi matin.



Annie Duval-Petrix
19/12/2019