Vie locale

Au foyer d’accueil médicalisé de la Pommeraie à Marsauceux une équipe se confine avec les résidents polyhandicapés


Serge Priol, directeur du pôle Régions de l’UNAPEI 92 (Union Nationale des Amis et Parents d’Enfants Handicapés), et ses équipes accompagnent plus de 200 personnes handicapées. Un défi à relever devant une pandémie galopante et un manque de moyens cruel.
 
Face au Covid-19 et aux mesures de confinement, les établissements médico-sociaux subissent, tout comme les EHPAD, le manque de moyens mis à leur disposition pour leur personnel et leurs résidents. « Nous avons tous été pris de cours par les mesures prises par les autorités. Heureusement, la solidarité a joué entre les amis, les parents des résidents et les salariés », explique Serge Priol, directeur du pôle Régions. Sur le site de Marsauceux, l’UNAPEI des Hauts de seine accueille près de 90 personnes réparties au sein d’un foyer de vie de 20 résidents, un foyer d’hébergement de 40 résidents et un foyer d’accueil médicalisé qui accompagne 27 résidents. « La multiplication des doctrines qui changent chaque jour, le manque de masques, le respect des distances et des interactions représentent autant d’objectifs qu’il est difficile à conjuguer sur le terrain. Tout le monde a ressorti les machines à coudre pour faire dans l’urgence des masques en tissu », raconte Serge Priol. Les masques chirurgicaux sont arrivés : « la dotation était trop faible on ne pouvait pas respecter les consignes en changeant de masque toutes les quatre heures avec un stock de 500 masques alors qu’il nous en fallait 2250 pour la semaine », poursuit le directeur qui a reçu une pluie de mails de soutien. 
Au foyer d’accueil médicalisé, certains résidents ne sont pas autonomes pour effectuer les gestes de la vie quotidienne. Impossible de respecter une barrière d’un mètre. « Nous avions le sentiment de placer l’ensemble des collaborateurs dans des situations complexes. Au fil des semaines, nous avons obtenu des masques chirurgicaux, mais notre dotation ne permet pas encore d’en équiper l’ensemble des collaborateurs. Nous avons donc décidé de compenser par la distribution de nos masques en tissu. En tant que directeur, je ne suis pas satisfait de la protection donnée à mon personnel et aux résidents ». 
La propagation du COVID19 est différente selon les établissements du pôle. Les sites de Nonancourt (Eure), et de Gilles (Eure-et-loir) sont, jusqu’à présent, peu impactés grâce à la mobilisation de l’ensemble des acteurs. À Marsauceux, seul le foyer d’accueil médicalisé enregistre des cas avérés de Covid-19, les autres foyers d’accueil sont épargnés pour l’instant. Sans hésiter, Marina, Morgane, Stéphanie et Kenza se sont proposées pour isoler les malades dans une aile du bâtiment et rester avec eux 24h/24 pour les aider dans les gestes de tous les jours rendus difficiles par leurs poly-pathologies. Les huit chambres de l’aile sont occupées ». Les quatre pionnières seront restées 14 jours avec les résidents. Une autre équipe de volontaires a pris le relais mardi 14 avril. Les établissements fonctionnent avec 50% du personnel. « Certains membres du personnel sont en arrêt maladie et d’autres sont avec un proche atteint du Covid-19 ou dans le doute d’avoir rencontré un Covid-19. Le temps de travail a été modifié pour passer de 7 heures à 12 heures quotidiennes », explique Serge Priol.
Les résidents, quant à eux, subissent les nouvelles règles de confinement. « Certains sont perturbés comme les personnes souffrant d’autisme auprès desquelles un long travail avait déjà été engagé et pour lesquelles un long chemin de reconstruction sera à parcourir. D’autres se sont bien adaptées », confie le directeur. L’inquiétude pèse sur le déconfinement attendu le 11 mai. « Qu’en sera-t-il des tests ? Se demande Serge Priol. Lorsque nous avons eu le premier cas, nous avons demandé des tests à l’ARS (Agence Régionale de Santé). À la suite des démultiplications de cas au foyer d’accueil médicalisé de la Pommeraie, il nous a été répondu que les tests ne serviraient à rien car le Covid-19 se diffusait déjà dans l’unité. Pour la première équipe confinée, nous avons déjà prévu la suite, c’est-à-dire la sortie de l’unité en réservant un hôtel afin que les collaborateurs soient testés avant de rejoindre leur famille. » Le directeur regrette que la dotation en masques chirurgicaux ne concerne que les établissements financés par l’agence régionale de santé. Les foyers de vie ainsi que les foyers d’hébergement, financés par les Conseils départementaux, ne sont pas intégrés dans les distributions. « Heureusement nous avons pu nous faire aider et récupérer quelques masques via notre siège dans les hauts de Seine ». Et d’ajouter : « Les dotations sont donc insuffisantes pour l’ensemble des sites. Sur une demande de 1800 masques, nous en avons reçu 125 pour une semaine. On est donc très loin de pouvoir respecter le changement de masque toutes les 4 heures. Une situation qui inquiète les soignants et les familles. Les établissements médico-sociaux ne sont pas équipés pour faire du sanitaire. »
L’UNAPEI 92 gère 54 établissements organisés en quatre pôles. Sur les Hauts de seine, un pôle hébergement adultes, un pôle d’accompagnement des jeunes et un pôle d’établissements et services par le travail (ESAT). 
Serge Priol est directeur du quatrième pôle qui regroupe des établissements sur l’Eure-et-Loir et sur l’Eure (Marsauceux, Vernouillet et Gilles pour le 28 et Nonancourt pour le 27) : un établissement sur Vernouillet (ESAT) avec plus de 100 ouvriers, deux établissements sur Gilles (Foyer de vie) qui accompagnent 50 résidents et deux établissements sur Nonancourt qui accompagne 93 résidents. 


Annie Duval-Pétrix
16/04/2020