Carnet de deuil : Michel Noël du Payrat


Avec Michel Noël du Payrat, mort à Dreux le 5 mai, un des derniers grands soldats français de la deuxième moitié du XXème siècle s’est éteint.
 
Le parcours du général de corps d’armée Michel Noël du Payrat retrace les grandes étapes de notre histoire. La libération de la France, les différentes pages douloureuses de la décolonisation et l’adaptation de notre armée aux guerres modernes. Engagé à 18 ans dans le maquis du Loiret, il s’engage dans la 2ème division blindée du général Leclerc et participe à la campagne de France. Il prend part aux combats de libération de l’Alsace et est l’un des premiers français à franchir le Rhin à la rame.
Intégré à la première promotion de Saint-Cyr, à l’issue de la guerre, il choisit l’arme blindée cavalerie, prolongeant ainsi une ancienne tradition familiale. En 1946, il se porte volontaire pour servir en Indochine, y rencontre sa future femme. Blessé au combat, il y retourne comme officier de l’Infanterie Coloniale pour organiser des villages d’auto-défense contre les Vietminh chez les montagnards Banhar (Ankhé). Membre de la commission d’armistice, il organise l’application des accords de Genève et le rapatriement des prisonniers Vietminh vers le Tonkin.
Après un court temps en métropole et en Afrique, il est à nouveau mobilisé dans la deuxième grande guerre de décolonisation française, en Algérie. Chef Opération du Général Massu à Hydra puis commandant au régiment de chasseurs de Char aux 4 chemins, il participera au fameux dîner des capitaines à Alger avec le général de Gaulle. Il est blessé au combat en Algérie.
En 1964, Michel Noël du Peyrat effectue son premier séjour à Madagascar. Il est appelé en 1966 à l’état-major particulier du général de Gaulle à l’Élysée et au cabinet militaire de Jacques Foccart pour les liens avec les nouveaux États indépendants d’Afrique. Il commande le Régiment de Marche du Tchad RMT à Montlhéry puis part pour un deuxième séjour à Madagascar comme adjoint du chef des Armées de la République Malgache, le général Ramanantsoa. Il rejoindra ensuite le cabinet militaire des Premiers ministres Chirac et Barre.
Nommé général de brigade en 1977, il est chef de la division Emploi et responsable du Centre opération, l’ancêtre des OPEX (Opérations Extérieures) pour les interventions de nos armées en Mauritanie, Tchad, Liban et monte l’opération de Kolwezi pour protéger les ressortissants français et étrangers. Par un étrange retour de l’Histoire, il commande ensuite la 2éme DB basée à Versailles et défilera le 14 juillet 1980 à Paris à la tête des troupes blindées.
Général de Corps d’armée 4 étoiles, il devient sous-chef opération auprès du Chef d’état-major des Armées avant d’être nommé inspecteur des forces extérieures (Terre-Air-Mer) et inspecteur des Troupes de marine, la fameuse « Coloniale ». Commandeur de la Légion d’Honneur, 3 Croix de guerre (39-45, Indochine, Algérie), Michel Noël du Payrat a été cité plusieurs fois à l’ordre de la Nation et des Armées françaises et étrangères.
En retraite il présidera entre 1985 et 1991 la Fédérations des Troupes de Marine regroupant les 80 associations de France et d’Outre-Mer, le Comité de la Légion d’honneur de Dreux et les associations ZOMA (d’aide à Madagascar) et Enfance Avenir (d’aide aux enfants du Vietnam).


A.D.-P.
13/05/2020