Romain Poignand, DRH de l’hôpital : « 2020, une année qui en vaut 15 »


Un an après sa prise de fonction de DRH de l’hôpital de Dreux, premier employeur de la ville, Romain Poignand a acquis une expérience hors du commun qui, à cause de la crise sanitaire, a pris une ampleur exceptionnelle.

À 28 ans, Romain Poignand a un cursus marqué par son passage à Sciences Po Aix-en-Provence, une licence en économie-gestion, une école de préparation à la fonction publique ENA Paris, une classe préparatoire égalité des chances, plus deux ans à l’école des hautes études en santé de Rennes. Son premier poste, en janvier 2020 en ressources humaines affaires médicales, a été à Dreux où il pilote 2.000 agents dont 10 % de médecins.

M Ta Ville : Comment vous situez-vous au sein de l’équipe de direction ? 

Romain Poignand : Je m’inscris dans le renouveau initié par le directeur de l’hôpital de Dreux, Hugo Montamat, avec des idées et un projet. L’arrivée de la crise sanitaire a été très importante pour moi. D’abord, parce que les circuits de décisions sont raccourcis et les décisions doivent être prises rapidement. Tout en étant réunis autour de cellules de crise, nous restons en lien avec les acteurs opérationnels sur le terrain pour suivre les difficultés quotidiennes avec les médecins, les cadres de santé, les infirmiers et les aides-soignants. C’est cela qui fait la richesse de mon métier. J’essaie d’accompagner, de rassurer et d’anticiper la réorganisation. Une part du travail a été de se réorganiser pour accueillir les patients Covid-19 avec un accompagnement RH et un soutien du personnel de l’hôpital qui avait, lors de la première vague, beaucoup d’inquiétudes.

M Ta Ville : Qu’avez-vous fait ? 

RP : Nous avons mis en place des cellules de soutien psychologique. À chaque décision, je devais apprendre vite en lien avec le terrain pour que tout le monde tienne. Je suis arrivé avec beaucoup d’humilité et j’ai gardé cet état d’esprit. L’établissement avait connu des difficultés et la politique que je prône, je l’applique dans les pas de notre directeur. À chaque décision, nous essayons de voir ce qui n’a pas fonctionné pour pouvoir améliorer les choses. Nous avons eu 13 réunions de CHSCT et 15 mouvements de grèves locales en un an auxquels il faut ajouter tous les mouvements nationaux.

M Ta Ville : C’est quoi le quotidien concret d’un DRH au centre hospitalier ? 

RP : Le quotidien du DRH à Dreux s’articule autour des revendications auxquelles on ne peut pas toujours dire oui. Il faut souvent dire non. À chaque mouvement de grève qui se déclare je m’astreins à une vraie rigueur. J’envoie des convocations. On se voit avec les syndicats et les agents. On échange et j’envoie ensuite des propositions écrites pour dire ce que la direction va faire. J’écoute toutes les revendications, j’essaie de comprendre et d’interroger, j’apporte ensuite les propositions. Le dialogue social et syndical, lors de la première vague Covid, nous a permis d’identifier les difficultés de chacun. Je reçois les organisations syndicales une fois par mois. Les désaccords avec elles sont empreints de respect mutuel.

M Ta Ville : Quel est le rôle des affaires médicales dans votre métier ? 

RP : Le véritable enjeu des affaires médicales est de tout faire pour attirer des médecins qui souhaitent s’inscrire dans nos projets car en plus des questions de rémunération, s’ajoutent les questions de projets de services. En dépit du quotidien, nous avons essayé de maintenir des projets de plus long terme. C’est le cas des projets d’ouverture de groupement de coopération sanitaire.

M Ta Ville : Comment préparez-vous l’avenir ? 

RP : Nous avons mis un an à réfléchir comment nous structurer en ce qui concerne les investissements matériels et juridique pour répondre au besoin de santé du bassin drouais. En plus d’une expertise managériale, le poste demande une expertise juridique que je suis obligé d’acquérir en appui d’un cabinet spécialisé. Un problème n’a jamais une solution nette. On doit prendre en considération des éléments psychologiques, politiques, techniques et juridiques. J’ai une proximité et un soutien de notre directeur. Nous travaillons en équipe.

Propos recueillis par Annie Duval-Petrix



Annie Duval-Petrix
17/02/2021