« Sur un air de Fado », le nouvel album de Nicolas Barral


La librairie spécialisée BD Lib’ accueillait, vendredi 12 mars, le dessinateur et scénariste Nicolas Barral, venu dédicacer son dernier album « Sur un air de Fado ». Parue chez Dargaud, cette BD est un exercice nouveau pour son auteur qui réalise à la fois le scénario et les dessins. 
 
L’histoire se passe à Lisbonne en 1958 sous la dictature de Salazar... Elle met en scène l’itinéraire d’un médecin aisé dont le destin va se trouver bousculé suite à la rencontre d’un garçon très courageux. Cette confrontation va changer la vie du héros, empreinte alors de frivolité et de légèreté. Auteur BD depuis les années 90, Nicolas Barral collabore avec différents scénaristes tels que Christophe Gibelin pour la série « Les ailes de plomb », Pierre Veys avec les albums de « Blake et Mortimer » alias « Philip et Francis » et une adaptation de la série Nestor Burma de Léo Malet. « Sur un air de Fado » est un projet qui aura nécessité une maturation de 10 ans puis une période de réalisation de 3 ans, le temps pour l’auteur de s’imprégner de la ville, de s’alimenter en informations historiques et surtout de se questionner sur la notion d’engagement sous une dictature. « Ma femme est d’origine portugaise, c’est elle qui m’a éclairé sur sa culture » précise Nicolas Barral. « Pour mes enfants, je me suis senti obligé d’étudier leur seconde patrie. Pour cela, je me suis imprégné du livre d’Antonio Tabucchi, « Pereira prétend », qui raconte l’histoire d’un personnage vivant sous la dictature, devant un jour prendre position. Sa lecture m’a profondément marqué et interrogé sur ces 48 années de dictature portugaise. Cette histoire m’a renvoyé à moi-même, à comment j’aurais réagi si j’avais dû vivre sous une dictature. Je n’aurais pu écrire cet album il y a 15 ans, j’avais besoin de mûrir pour cela, car plus jeune, j’aurais été tenté de juger ». Fruit d’une première collaboration avec sa fille Marie, coloriste de l’album, cette BD prend des allures d’histoire de famille. « Cette collaboration a été l’occasion de redéfinir nos relations, car même à 21 ans, elle reste ma « petite » fille. La couleur qu’elle a donnée à l’histoire lui donne une tonalité, biais par lequel on accède à l’émotionnel ». Suivant une trame historique véridique, cet album a eu la vertu de libérer la parole de la communauté portugaise sur ce passé douloureux. « Mais tout un chacun peut s’interroger sur la notion d’engagement dans une société où le populisme gratte à la porte ». Conçu pour être unique, l’album pourrait cependant trouver une suite. « Je ne me suis pas détaché de mes personnages qui continuent à vivre en moi ».


Aurélie Bourgeaux
24/03/2021