État des lieux un an après la fermeture des salles de cinéma


Fermés le 14 mars 2020, ouverts de nouveau pendant 4 mois, avant une nouvelle fermeture, soit quasiment huit mois sur douze, les cinémas rongent leur frein et attendent avec impatience de pouvoir rallumer leurs projecteurs. 

Après une réouverture manquée à Noël, il est difficile aujourd’hui de croire que l’horizon s’éclaircisse bientôt. Même si la dernière allocution présidentielle laisse espérer une réouverture mi-mai « de certains lieux de culture », Sébastien Joubioux, directeur du cinéma Pathé Évreux attend des perspectives claires. « Ça fait 250 jours que nous sommes fermés, on patiente, on est prêts à rouvrir car nous pouvons être très réactifs. La réouverture doit se faire de manière nationale mais avec quelles conditions d’accueil ? Nous savons qu’un protocole sanitaire a déjà été retravaillé par la Fédération mais il nous manque toujours une date précise ». Dans l’immédiat, le 7ème art s’inquiète d’un embouteillage de films, en attente depuis la fermeture des salles et qui voudront sortir dans les mois qui suivent la réouverture. « On a plus de 600 films au frigo… » observe le directeur. « Les États-Unis vont retravailler et ils ne vont pas nous attendre, s’ils décident de sortir le dernier James Bond, ils le feront sans nous. Lorsque nous avons rouvert en juin, c’était sans les films américains, après un début poussif, la fin octobre était malgré tout satisfaisante ». En attendant, les factures s’accumulent, les dépenses courent toujours alors que rien ne rentre. Entre les factures d’électricité, les charges liées au personnel, les contrats de télésurveillance, de sûreté du bâtiment et sécurité incendie… Sébastien Joubioux reste positif malgré les difficultés cumulées. « Le patron du groupe Pathé se veut optimiste et ça nous maintient en confiance. Et nous sommes assurés de la présence de nos spectateurs lors de notre réouverture. Les 18 salariés du cinéma en ont assez d’être à l’arrêt, ils ont hâte d’accueillir à nouveau le public ». Malgré l’optimisme, le mépris de la culture dans la gestion de la crise sanitaire suscite la colère du directeur. « La culture est vraiment la dernière roue du carrosse, on nous a laissés sur le bord de la route ! Je ne pense pas que depuis ces 5 mois de fermeture, la transmission du virus se soit arrêtée. À ma connaissance, aucun cluster n’a été détecté dans un cinéma ». Il y a fort à parier que lors de la réouverture tant désirée, le public aura envie de laisser tomber zapette et canapé pour se précipiter dans les salles obscures.



Aurélie Bourgeaux
07/04/2021