« Macron est dans la continuité de l’ouverture sur le marché mondial »


Le député de la deuxième circonscription d’Eure-et-Loir, Olivier Marleix, vient de publier un brûlot contre Emmanuel Macron, chez Robert Laffont. Intitulé Les liquidateurs, le livre attaque la politique et les réalisations de l’actuel Président de la République. Entretien.

M Ta Ville : Vous vous attaquez au Président de la République en personne. Pourquoi le titre de votre livre est Les liquidateurs et non Le liquidateur ? 

Olivier Marleix : Parce que Emmanuel Macron n’a rien apporté de neuf dans notre pays. Présenté en 2017 comme le candidat qui allait tout changer, il avait même titré son programme, publié dans son livre, Révolution. En réalité, il est dans la suite complète de ce qui se fait depuis quarante ans dans notre pays. Il symbolise cette espèce de doubles mouvements avec d’une part, l’ouverture de l’économie française au grand marché mondial et sa concurrence déloyale, compensée par toujours plus de redistribution pour rattraper la casse sociale, engendrée par cette ouverture au marché mondial. Paradoxalement, c’est la deuxième gauche française, convertie au libéralisme, qui a été hyper allante dans ce mouvement avec des gens comme Jacques Attali et Alain Minc qui ont professé dans l’ouverture vers ce marché mondial. En fait, il se fracasse là-dessus car qui dit redistribution, dit dépenses publiques, dit prélèvements et dit économie française de moins en moins compétitive. Ce qui explique aujourd’hui que nous avons 100 milliards d’euros de déficit commercial. Voilà, Macron n’est que la continuité de ce mouvement.


M Ta Ville : Est-ce que le retour de la souveraineté industrielle doit se faire au détriment de l’Europe actuelle ? 


Olivier Marleix : Non, il faut changer notre logiciel et faire le contraire de ce que nous avons fait.  Au lieu de poursuivre l’ouverture sur le marché mondial, la redistribution et les impôts, je propose de faire l’inverse avec un peu plus de protection vis-à-vis de l’extérieur qui permettra moins de dépenses de redistribution. Plus les gens sont au travail, moins il y aura à payer de chômage. Il faut vraiment casser cette spirale. L’Europe a, en réalité, un rôle à jouer mais ce n’est pas celui qu’elle a joué jusqu’à présent. Elle n’a été, jusqu’ici, que l’accélérateur de ce mouvement d’ouverture sur le marché mondial. Elle a été conçue, à l’origine, pour être une protection. Elle en a les outils mais elle ne les utilise pas. C’est le cas de l’organisation mondiale du commerce extérieur qui autorise l’utilisation des instruments de défense commerciaux. Ce sont des surtaxes à l’importation quand on estime que la concurrence est déloyale. L’Union Européenne est la structure qui utilise le moins ces instruments. Le bon exemple encore, ce sont les Etats-Unis d’Amérique qui utilisent à la fois une économie libérale mais en sachant se défendre en appliquant le patriotisme économique en permanence pour contrôler ceux qui rachètent leurs entreprises et empêchent les acquisitions qui pourraient les déstabiliser. Ils n’hésitent pas à utiliser des surtaxes pour se protéger face à la Chine ou même à l’Europe.


M Ta Ville : Comment la politique d’Emmanuel Macron aurait-elle entraîné l’avènement des gilets jaunes ? 


Olivier Marleix : C’est vraiment la poursuite de sa politique faite d’ouverture et de pseudo-adaptations au marché mondial qui n’est pas soutenable. Notamment lorsqu’on brade un certain nombre de fleurons économiques. Macron, ministre de l’économie ou Président de la République, est celui qui a le plus lâché de grandes entreprises françaises : Alstom vendue à General Electric, Alcatel vendue à Nokia, Lafarge, etc. C’étaient des géants industriels que nous avons vendus avec un bilan social désastreux et des pertes de milliers d’emplois. Macron offre des exonérations de dividendes aux investisseurs, grâce à la Flat-Tax, mais financées par des prélèvements sur la CSG des retraités. C’est cela qui a poussé à l’explosion des gilets jaunes. Des retraités à 1.000 € par mois qui se sont retrouvés, après ces hausses de taxes, en dessous du seuil de pauvreté en France. C’est pour cela que j’ai appelé cela les quarante douloureuses.

 



Annie Duval-Petrix
28/04/2021