Les archéologues au chevet de l’église de Romilly-la-Puthenaye


Sauver ce qui peut encore l’être, déblayer, reconstituer, analyser fragment par fragment les débris de l’église incendiée de Romilly-la-Puthenaye. Telle est la mission des archéologues de la Mission Archéologique du Département de l’Eure (MADE). 

Ravagée par les flammes le 17 avril, l’église Saint-Pierre du XVIème siècle a perdu ses vitraux, son retable, la plupart de ses statues mais aussi son toit et son clocher. C’est sur ce vaste chantier que la mission des archéologues a débuté quatre jours après l’incendie, faisant suite à l’enquête policière. Rarement en intervention « hors-sol », cette mission revêt des allures inédites. « Nous avons procédé à un état des lieux des ruines » observe Sébastien Cormier, régisseur des collections de la MADE. « On a suivi les documentations de Valérie Péché (conservateur des antiquités et objets d’arts de l’Eure) qui a inscrit sur un registre statues et mobilier. L’effondrement des plafonds et charpentes a arraché les statues et dans la dynamique de l’incendie, les pompiers ont déplacé les débris. Notre mission consiste à récolter le mobilier sans préjuger de son ancienneté et réunir les états fragmentaires de ce qui va ensemble ». Rassemblés dans la sacristie miraculeusement préservée, les fragments sont analysés, les matériaux et les formes étudiés. « On essaie d’en tirer un maximum d’informations. On a créé des secteurs de fouilles, on a tout répertorié en leur attribuant un numéro provisoire. Les correspondances seront ensuite faites avec les inventaires des Monuments Historiques et la Conservation Départementale du Patrimoine (CDP) ». Tout est récolté, mobilier liturgique comme bougeoirs, ferronneries, statues, ce qui est classé aux Monuments Historiques ou non, ce qui présente un intérêt historique ou pas. « Notre objectif n’est pas de juger de ce qui doit être restauré, la DRAC et le Ministère de la Culture le décideront en fonction de l’enveloppe qui sera allouée à la restauration ». Déplacé de l’église voisine, un retable du XVème siècle n’a pas eu la chance de certaines statues intactes comme Saint Sébastien. Le mobilier en bois comme les bancs, les stalles (sièges réservés aux ecclésiastiques), la tour d’escalier et le confessionnal ont brûlé. « Nous avons retrouvé les deux cloches de 250 kg éparpillées en 60 morceaux, à cet endroit la chaleur de l’incendie devait dépasser les 1500 degrés ». Une mission de longue haleine qui fera intervenir de nombreux protagonistes comme un maître verrier pour les vitraux. Il va donc falloir s’armer de patience avant de retrouver l’église Saint-Pierre dans toute sa splendeur.



Aurélie Bourgeaux
18/05/2021