L’îlot Saint-Louis à l’heure des fouilles


Secteur fortement urbanisé depuis plus de deux millénaires, l’îlot Saint-Louis fait l’objet de 18 mois de fouilles archéologiques préventives. Pas moins de 5 HA vont être passés au peigne fin par les archéologues de la Mission Archéologique Départementale de l’Eure.
 
Cette opération précède un vaste chantier de constructions successives qui démarrera par le futur Institut de formation paramédical (IFSI). Mais en 2000 ans d’occupation, cet espace, bien connu des ébroïciens, est loin d’avoir révélé tous ses secrets. « En 2011, le site a été racheté par la ville, nous avons alors procédé à une trentaine de sondages » précise Pierre Wech, responsable de l’opération. « Il est rare d’avoir un projet urbain d’un seul tenant en pleine ville. C’est un site préservé bien clos qui se trouvait en plein cœur de ville antique ». Situées dans le sous-sol de l’actuelle maternité, les thermes gallo-romaines ont déjà dévoilé leur existence il y a dix ans. « Nous recherchons les traces de la palestre » indique Benoit Vinot-Battistoni, responsable adjoint de l’opération. « Nous priorisons les secteurs de fouilles en fonction du cahier des charges, la profondeur de la future construction et du calendrier programmé. On fouille jusqu’au substrat. On recherche des traces d’habitat, de voieries, d’artisanat… ». Les 12 archéologues travaillant quotidiennement sur le site mettent à jour des couches stratigraphiques qui sont fouillées précautionneusement. Elles laissent apparaître des surprises comme une épingle à cheveux gallo-romaine, un sellier du 2ème siècle, traces d’un quartier d’habitat de la ville antique. Accompagnant l’entreprise dans la démolition de l’ancien hôpital, les archéologues souhaitent éviter de reproduire le scénario des années 60 lors de sa construction. « Les destructions de cette époque sont irréversibles mais la ville est un objet vivant, on construit, on creuse… La construction de l’hôpital fait aussi partie de la richesse du site. Chaque époque laisse ses traces et souvent, elles se mélangent ». Dans une autre zone de fouilles se trouvent les traces de l’hospice, qui avait déjà remplacé l’église Saint-Louis ainsi que le couvent. Des traces de murs au mortier de chaux de l’ancienne église apparaissent au gré des coups de pelles. « Nous pourrons placer précisément l’église sur une carte, toutes ces pièces de puzzle que nous récoltons vont nous permettre de mieux connaître les différents visages de notre ville ». À savoir que les ossements de Godefroy-Charles-Henri de la Tour d’Auvergne, duc souverain de Bouillon et conte d’Évreux, ainsi que ceux probablement d’un moine inhumé dans le cloitre, ont été retrouvés et vont être analysés.



Aurélie Bourgeaux
10/11/2021