Ambiance particulièrement tendue au conseil municipal d'Évreux


Lundi 15 novembre, au soir, l’ordre du jour n’était pas de nature à susciter des réactions importantes. Pourtant, le conseil municipal a été très animé lors de l’examen des dossiers concernant la police municipale et l’animation commerciale à Évreux.

Les élus ont voté les premières délibérations dans le calme, avant d’examiner celle concernant la protection juridique de deux agents de la ville, victimes de menaces de mort et d’outrages. « La ville acquittera les frais de défense des agents concernés, pour un montant de 1 363 euros. Il est normal que nous assurions la protection de nos agents » a souligné Guy Lefrand, maire de la ville. Timour Veyri, conseiller d’opposition (PS), a profité de cette délibération pour évoquer à nouveau ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Ludovic Demée », qui avait provoqué de vifs débats lors de la séance précédente. « Nous sommes tous d’accord pour faire bloc derrière nos forces de l’ordre mais je voudrais savoir si cette aide va s’appliquer à Monsieur Demée, le chef du service prévention et sureté de la police municipale, qui a frappé un agent lors d’une altercation à la fête de la bière, ce qui est inacceptable » a lancé Timour Veyri. « Vous raclez les fonds de tiroir. Vous avez réussi à pousser cet homme à bout. Une querelle a impliqué deux agents qui n’étaient pas en service. Un coup a été donné et c’est inacceptable. Le comportement de nos agents doit être irréprochable. J’ai demandé une enquête administrative et notre directeur général des services va recevoir cette semaine les deux agents, qui sont suspendus à titre conservatoire. Un audit externe indépendant va être lancé car les erreurs sont multiples et l’audit a vocation à déterminer les responsabilités de chacun » a annoncé Guy Lefrand. Timour Veyri a assuré que le maire « était le seul responsable de ce qu’il se passe dans ses services » et approuvé l’audit qui va être lancé : « cela fait 4 ans que nous le demandons ». Une autre délibération était inscrite à l’ordre du jour, concernant l’élargissement du dispositif « KdoChek » aux communes « hors Évreux », afin de booster le commerce local. Dominique Sauvé, conseillère d’opposition (Évreux ensemble), a demandé quel était le rôle exact d’Aurélie Lefrand-Lemoine, conseillère municipale, épouse du maire, chargée de mission à l’animation commerces, commerçante elle-même et cheville ouvrière de l’opération KdoChek. « Après la démission, il y a maintenant un an, de l’adjoint au maire Abde Zayani, il faut que les choses soient dites. Est-il normal déontologiquement qu’un élu soit salarié d’un établissement public comme le Comptoir des Loisirs » a demandé l’élue, évoquant « une confusion des genres » et « un éventuel conflit d’intérêt ». Une intervention qui a provoqué une très vive réaction de Guy Lefrand. « Vous me faites honte ! Jamais personne ne s’est comporté comme cela dans une collectivité. Il y a des limites à la bêtise ! Vous insultez une élue de la ville et vos sous-entendus sont indécents. Je ne vous pardonnerai pas ce comportement. Aurélie Lefrand-Lemoine a une lettre de mission, comme Alain Nogarède pour le chauffage urbain. Contrairement à une délégation, elle n’est pas payée pour le travail qu’elle effectue » a précisé le maire. « Il n’y a pas de raison de s’emporter ainsi. Vous multipliez les situations qui ne sont pas claires et il est normal que l’opposition puisse avoir les explications qu’elle demande » a tempéré Timour Veyri, soutenant la démarche de sa colistière. L’échange n’était pas terminé pour autant : « Vous sous-entendez qu’Aurélie Lefrand-Lemoine était rémunérée et ce n’est pas classe. Vous la lancez à la vindicte populaire et il en reste toujours quelque chose » a lancé Nicolas Gavard-Gongallud, adjoint au maire. Le rapport d’orientation budgétaire 2022 a pu être présenté par Jean-Luc Bouillie, adjoint en charge des finances. Le budget de la ville s’équilibre à 78, 2 millions d’euros (fonctionnement) et à 26,2 millions d’euros (investissement). « Les recettes où les communes ont la main disparaissent peu à peu et c’est l’État qui fixe nos recettes, unilatéralement. Nous continuons néanmoins à privilégier les investissements » a souligné l’élu, avant de détailler l’état de la dette, en baisse mais avec une capacité d’endettement de 11,9 % (proche du seuil critique de 12 %). « La dette reste très élevée mais à des taux faibles. Un coup de vent pourrait nous envoyer dans le décor » a estimé Guillaume Rouger, conseiller d’opposition (LREM). Timour Veyri a estimé quant à lui qu’il était « très inquiétant qu’il n’y ait pas de plan pluriannuel d’investissement, ni de mesures prises pour le pouvoir d’achat des agents ». « Le rapport d’orientation budgétaire, c’est la loi, et on vous le présente comme le veut la loi » a conclu Jean-Luc Bouillie.



Louis Lepretre
24/11/2021