Régis Debray invité d’une soirée d’échanges


De la jeunesse à la mort, rites d’hier et d’aujourd’hui est le titre d’une soirée d’échanges organisée par la ville de Houdan et son hôpital autour du penseur et philosophe français, Régis Debray.

La ville et l’hôpital de Houdan ont organisé, vendredi 26 novembre, dans la Ferme Deschamps, une soirée d’échanges sur la thématique « De la jeunesse à la mort, rites d’hier et d’aujourd’hui » à laquelle, ils ont invité le philosophe français Régis Debray. La soirée a été animée par le fondateur de l’unité anti-douleur à l’hôpital de Houdan, le docteur Claude Grange, et Philippe Seray, adjoint au maire et un des fondateurs de l’association humanitaire d’aide au sud Sénégal, Kassoumaï 78. En présence d’une cinquantaine de personnes, Philippe Seray a posé la première question à Régis Debray : « Le Bukut est un rite d'initiation incontournable pour les jeunes chez les Diolas, en Casamance au Sénégal. Où se trouve, chez nous, ce moment où les jeunes passent vers l’âge adulte ? » L’intervenant a rappelé que le service militaire permettait de passer entre ces deux âges mais cela ne concernait que les garçons et avec le service national universel, le gouvernement cherche à combler ce vide. « Ce moment permettait au jeune de sortir de sa famille par le corps et par l’esprit. C’est vrai qu’on sortait transformé de ce passage au sein de l’armée ». L’école et sa pédagogie ont été également traitées dans cette soirée. « Les pédagogues ne prenaient pas en compte le rôle des parents d’élèves à l’école. Aujourd’hui, les parents d’élèves sont devenus une autorité avec qui il faut parler et les écouter. L’école républicaine de nos jours est centrée sur le don du savoir et la formation des enfants », détaillait Régis Debray. Sur la deuxième partie de la conférence, Claude Grange a abordé la notion de la mort en Occident qui se trouve occultée et de plus en plus médicalisée, il y a même un certain désir d'immortalité. « La mort devient clandestine. Il y a sans doute une crise de l’accompagnement par les soignants. Il faut acter le fait qu’il n’y a plus de traitement pour que les familles puissent accompagner la fin de vie ». Régis Debray a rappelé qu’avant, en France, on disait au revoir à un mort. « Le fait de dire au revoir, cela facilitait le temps psychologique. Aujourd’hui, on dit adieu au mort ». Le père Daniel Doré, prêtre de la paroisse houdanaise, a évoqué la ritualisation de l’avant-mort, la mort et l’après-mort. « Les antidépresseurs sont la croyance en l’immortalité de l’âme. Il y avait une bonne nouvelle au bout, nous avons perdu cette bonne nouvelle », a rétorqué Régis Debray. Le père Daniel Doré relie la déchristianisation de la société et la perte de repères à la disparition progressive de rites qui accompagnaient les grandes étapes de la vie. « Je trouve bizarre que l’église catholique ait approuvé la crémation. Vous ne parlez plus de l’enfer ni du purgatoire. J’ai l’impression que le monde catholique ne croit plus tellement au fondement du catholicisme. Vous accompagnez la désymbolisation de la religion », conclut Régis Debray. Plusieurs livres de Régis Debray dont le dernier, Éclats de rire, étaient disponibles sur place.



Annie Duval-Petrix
14/12/2021